L'Ouroboros : Complétude, Paradoxe, Renouveau

Publié par Jacinthe Roy Rioux le

Ouroboros

L’Ouroboros, du grec ancien ourá (« queue ») et boros (« qui mange »), est un serpent ou un dragon qui se mord la queue pour former un cercle. Symbole ancien et universel, il traverse les cultures et les époques. Il incarne le cycle éternel de mort et de renaissance, la destruction et la régénération sans fin. L’Ouroboros évoque l’éternité du temps, l’unité des contraires et le renouvellement perpétuel. Cet article explore ses origines, ses interprétations philosophiques et ses manifestations culturelles.


L’Ouroboros et la fragmentation de l’Être

Lorsque nous refusons de voir que la vie est changement, nous devenons comme Ouroboros : un serpent égaré qui se mord la queue.


L’Ouroboros est le symbole de tous les cercles vicieux. Il incarne toute tentative de fragmenter notre être, de faire dominer une partie sur l’autre : valoriser ce qui est jugé « positif » et réprimer ce qui est jugé « négatif ». En agissant ainsi, nous résistons à notre nature réelle et nous enfermons dans ce cercle auto alimenté.


Dans Éloge de l’insécurité, Watts rappelle que la liberté et la sécurité véritables naissent de l’acceptation du changement et de notre nature complète, et non de la résistance et de l’évitement.


Watts suggère que lorsque nous cherchons à rendre notre vie ou notre moi permanents, ou que nous résistons au flux naturel du changement, nous incarnons ce cercle vicieux. L’Ouroboros symbolise ces actions qui s’annulent elles-mêmes, ces résistances intérieures où le conflit naît de la séparation entre « soi » et « vie ».


La créature auto-suffisante et parfaite

Platon imaginait la première créature vivante comme circulaire, auto-suffisante et parfaite, n’ayant besoin de rien en dehors d’elle-même. Cette figure cosmique ramenait l’ordre du chaos et préfigurait l’Ouroboros, l’être qui se suffit à lui-même.


Dans la tradition grecque, l’Ouroboros apparaît par les milieux mystiques et ésotériques plutôt que par un dieu. Il symbolisait l’ordre cyclique du cosmos et l’éternité de la nature, une vision du temps comme cercle plutôt que ligne droite.


Symbolique universelle et cycle éternel

L’Ouroboros véhicule l’idée d’un cycle sans fin. Le serpent qui se dévore suggère que fin et commencement se rejoignent.


Pour les Anciens, il exprimait l’« éternel retour » : la vie, la mort et la renaissance s’enchaînent dans un mouvement circulaire. Il illustre les cycles de la nature, des saisons aux astres, des civilisations aux renaissances culturelles.


Le serpent mue, abandonne son ancienne peau et renaît : symbole de régénération, il montre que l’âme peut renaître après la mort, portant ainsi l’idée d’immortalité et de perpétuation de la force vitale.


Unité des contraires et paradoxes

Le cercle du serpent suggère l’union des opposés. Tête et queue se rejoignent. Certaines images médiévales le montrent à moitié blanc et à moitié noir, comme le yin et le yang, illustrant l’harmonie des contraires : jour et nuit, bien et mal, ciel et terre.


L’Ouroboros devient ainsi l’emblème de la coïncidence des opposés, où les extrêmes se rejoignent et se résolvent. Il incarne aussi le paradoxe : certains concepts se « mangent eux-mêmes », comme le serpent qui se dévore. Il rappelle que dans chaque pôle réside un germe de son contraire, et que l’univers est un Tout où les opposés ne sont que deux faces d’une même réalité.


Renouvellement et autofécondation

En se dévorant et se recréant sans cesse, l’Ouroboros symbolise la capacité de l’être à se régénérer par lui-même.


Les alchimistes médiévaux y voyaient l’autopoïèse universelle : la nature se détruit et se féconde pour créer du neuf. La bouche et la queue réunies représentent l’autofécondation primordiale, l’acte créateur où la vie surgit d’elle-même. L’Ouroboros montre que le germe du renouveau est déjà dans ce qui meurt : après la destruction, quelque chose renaît toujours de la substance passée.


Pour les alchimistes, il signifiait que tout est Un, et que la matière retourne à l’Unité primordiale pour être purifiée et recréée.


Hermétisme, gnosticisme et éternel retour

À l’époque moderne, philosophes et penseurs continuent de s’inspirer de ce cercle éternel. Nietzsche popularise l’idée de l’éternel retour, souvent illustrée par l’Ouroboros : le temps cyclique ramène sans cesse les mêmes événements.


« Tout doit revenir, et tout doit revenir éternellement ; et il n’y a rien de plus vrai que ce que j’affirme : tout ce qui a été, reviendra, et tout ce qui est, reviendra de nouveau. » Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885)

Le serpent unit sa tête et sa queue ; la thèse et l’antithèse s’unissent en une synthèse supérieure. L’Ouroboros rappelle que le tout est un, que commencement et fin se confondent, et que la sagesse consiste peut-être à embrasser ce cercle plutôt qu’à le fuir.


Interprétations psychologiques

Carl Gustav Jung voit dans l’Ouroboros un archétype universel, un mandala primitif de l’alchimie, central pour la transformation intérieure. Il symbolise le processus d’individuation : intégrer les contenus inconscients pour réaliser le Soi, la totalité psychique.


« L’Ouroboros est un symbole dramatique de l’intégration et de l’assimilation des opposés, c’est-à-dire de l’ombre. Il se tue et se ressuscite, se féconde et naît de lui-même. »

Erich Neumann décrit l’« état ouroborique » comme la phase originelle de la conscience, avant l’ego séparé : un océan d’unité, comparable au serpent sans début ni fin, souvent lié à la Grande Mère. L’Ouroboros est alors matriarcal, contenant et enveloppant, comme l’utérus où l’enfant n’est pas encore conscient de lui-même.


Conclusion

Symbole multiforme, l’Ouroboros captive l’imaginaire humain :


« Un est le Tout »

Chaque fin porte en elle un renouveau ; les forces opposées – lumière/ténèbres, vie/mort, esprit/matière – sont liées, deux moitiés d’une même réalité.


L’Ouroboros invite à adopter une vision globale de l’existence, à la fois humble et confiante : humble, parce que nous sommes pris dans de vastes cycles qui nous dépassent ; confiante, parce qu’au cœur même du chaos réside un principe d’ordre et de continuité.


Dans nos quêtes philosophiques ou spirituelles, ce vieux serpent nous souffle que l’évolution est un éternel recommencement et que le secret de la sagesse est peut-être d’embrasser le cycle plutôt que de le fuir.


Ainsi, loin d’être un simple motif décoratif, l’Ouroboros demeure pour l’humanité un puissant symbole de totalité, d’éternité et de renaissance, dont la pertinence résonne encore à l’ère moderne – un anneau mystique liant les traditions anciennes aux aspirations contemporaines d’unité et de renouveau.

 

 

© NOIR KĀLA

Sources :
Carl Gustav Jung. Psychology and Alchemy. 1944.
Erich Neumann. The Origins and History of Consciousness (Die Geschichte des Ursprungs des Bewusstseins). 1949.
Mircea Eliade. The Myth of the Eternal Return (Le Mythe de l’éternel retour). 1949.
Joseph Campbell. The Hero with a Thousand Faces. 1949.
Alan Watts. The Wisdom of Insecurity (Éloge de l’insécurité). 1951.

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